On connait tous un roman dont on ne peut s’empêcher de tourner avidement les pages, tout en redoutant le moment où le point final apparaîtra. Véritable coup de foudre littéraire, Rien ne s’oppose à la nuit, titre emprunté à une chanson de Bashung («Osez Joséphine»), fait partie de ces rares bouquins que j’ai eu du mal à abandonner.

Unknown
Delphine de Vigan

Delphine de Vigan transcende le genre autobiographique : elle se raconte à travers le prisme de l’existence de sa mère, Lucile. Le suicide de cette dernière réveille en l’auteure un désir essentiel, un besoin vital même : déchiffrer la petite fille qu’était Lucile et la jeune femme troublée qu’elle est devenue. L’autopsie de cette vie tortueuse craquelle lentement le vernis de solidité de la famille entière. Delphine de Vigan ose sonder les personnages fantasques qui composent sa famille et qui ont modelé sa mère. On découvre au fil des mots qu’au delà d’une Lucile atteinte de bipolarité, c’est toute un corps familial qui est malade.

Le livre est un véritable témoignage sur la création artistique de l’écrivain, tiraillé entre ses peurs et l’ardente volonté de mener à bien son oeuvre. Delphine de Vigan accouche dans la douleur de ce bouquin qui a l’effet d’une bombe dans sa famille. Elle nous raconte ses cauchemars nocturnes, l’angoisse de la page blanche, son enquête alambiquée au sein de sa propre famille. Son travail est presque chirurgical tant l’étude est poussée mais il se heurte irrémédiablement au silence et à la pudeur. Comment trouver les mots justes pour rendre compte d’une vérité versatile ? Peut-on tout mettre à nu sans heurter la mémoire de chacun ?

Rien ne s’oppose à la nuit m’a boulversé. Delphine de Vigan dit la brutalité des maux avec des mots d’une délicatesse infinie. Si l’existence est singulière et hétéroclite, chacun peut retrouver une part de soi-même dans ce livre. Que vous dire de plus ? J’ai adoré. Sorte de thérapie intérieure, ce livre va bien au-delà de la simple histoire familiale pour atteindre l’universalité. Car même si toutes les familles ne sont pas aussi hautes en couleurs que celle de l’auteure, chacune d’entre-elles revêt sa part d’ombre et de tragédie.

Vous ne sortirez pas indifférent de cette lecture.

PS: Delphine de Vigan vient tout juste de rafler le prix Renaudot pour son dernier livre, Une Histoire vraie. Elle est notamment l’auteure de No et moi, magnifique roman adapté au cinéma.

See you 🙂

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