Arte a récemment consacré une soirée à Woody Allen, réalisateur «made in Brooklyn » dont l’oeuvre entière témoigne de sa créativité et sa fantaisie boulimiques.

Considéré comme un de ses meilleurs films, Annie Hall a raflé de nombreux prix : Oscar du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et de la meilleure actrice (Diane Keaton) en 1978. Plus récemment, le film a été élu à la tête de la liste des 101 meilleurs scénarios de films comiques du Writers Guild of America West.

Près de quarante ans après sa sortie, Annie Hall (1977) demeure donc un grand film inspiré et déconcertant, entre comédie romantique sophistiquée et journal intime.

Alvy Singer (Woody Allen) est un névrosé kafkaïen qui tombe amoureux d’une jeune femme complètement perchée, Annie (Diane Keaton). Mais très vite, Alvy impose à Annie son goût pour le cinéma d’auteur et les lectures psychanalyses (très morbides soit dit-en passant). Annie va alors s’émanciper en tant que chanteuse jazzy, jetant un voile sur leur relation amoureuse douce-amère.

Le scénario est admirablement bien construit : au fil de la narration, l’histoire se déploie de façon non linéaire. Woody Allen abandonne toute contrainte chronologique. Intello bavard, Alvy nous raconte son Annie, au rythme de ses souvenirs. Le narrateur s’adresse même parfois à nous, spectateur, nous plaçant à mi-chemin entre l’ami et l’analyste.. Ce procédé narratif est très efficace, surtout lorsque Woody Allen l’utilise au cours d’une séquence comportant plusieurs personnages :  le film est clairement une projection des pensées d’Alvy Singer, le spectateur est littéralement dans sa tête. Pas étonnant, puisque le réalisateur avait déclaré « The film was supposed to be what happens in a guy’s mind ». Pas de doute, Annie Hall est une réalisation franchement avant-gardiste.

Même si l’objectif de Woody Allen était de «donner à voir» les pensées d’un homme, le personnage féminin d’Annie reste emblématique. La jeune femme caractérise une époque, les années 70. On n’oubliera pas cette jolie fille longiligne, ses grosses lunettes, ses chemises d’homme, sa cravate mal ajustée. On n’oubliera pas cette fille indéchiffrable et pourtant attachante. On n’oubliera pas cette bobo de Manhattan fumant du haschich allongée sur des draps blancs.

A l’instar du film, Annie est loufoque et touchante. Lorsqu’elle chante le morceau de jazz It Had To Be You dans un bar sombre, on assiste à un beau moment de cinéma. Simple et gracieux.

Un chouette film quoi. « On dit plus chouette depuis le début du siècle » me répondrait Woody Allen.

See you 🙂

Parce que les dialogues sont plus parlants (et plus marrants) que ma critique :

– Vous vous faites analyser ?
– Oui mais seulement depuis 15 ans.

« Hé ! Ne te moque pas de la masturbation ! C’est faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime… »

 

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